Qui est diabètique ?

Toute personne répondant aux critères de diagnostic du diabète :

  • Une glycémie supérieure à 1,26 g/l (7,0 mmol/l) après un jeûne de 8 heures et vérifiée à deux reprises ;
  • Ou la présence de symptômes de diabète (polyurie, polydipsie, amaigrissement) associée à une glycémie (sur plasma veineux c’est-à-dire analyse réalisée au laboratoire et non au niveau du doigt) supérieure ou égale à 2 g/l (11,1 mmol/l) ;
  • Ou une glycémie (sur plasma veineux) supérieure ou égale à 2 g/l (11,1 mmol/l) 2 heures après une charge orale de 75 g de glucose (critères proposés par l’Organisation mondiale de la santé).

Pas de troubles glycémiques Prédiabète Diabète
Glycémie à jeune g/l < 1 > 1 < 1,26 > 1,26
Glycémie 2 heures après un test de prise orale de glucose g/l < 1,4 > 1,4 < 2,0 > 2,0
Hémoglobine glyquée HbA1c % < 5,7 > 5,7 < 6,5 > 6,5

Même si vous n’avez pas de facteurs de risque (obésité, antécédents familiaux, diabète gestationnel, maladies cardiovasculaires, sédentarité…) il est nécessaire de faire un bilan au moins une fois par an.

        1.  Si vous êtes en zone verte, c’est bon, continuez à vous nourrir d’une façon saine et             équilibrée et à pratiquer de l’activité physique adaptée.

        2.  Si vous êtes en zone orange, c’est le signal d’alarme mais vous pouvez encore revenir en             zone verte : consulter votre médecin, appliquer ses conseils de diététique et d’activité             physique. La perte pondérale à ce niveau est très utile pour réguler la glycémie. 

        3. Si vous êtes en zone rouge, le diabète est bien installé mais sa maîtrise est possible. Votre             objectif, qui doit être discuté avec votre médecin, est d’éviter les excursions glycémiques et             prévenir les complications. 

Le diabète de type 1 touche plus souvent l’enfant, l’adolescent voire le jeune adulte. 

L’adulte est généralement touché par le diabète de type 2.

Le diabète touche les deux sexes.

En Tunisie, selon les données de la dernière étude « Tunisian Health Examination Survey » menée en 2015-2016, la prévalence globale du diabète était de 15,5 % chez les sujets âgés de 15 ans et plus. (16,1 % chez les hommes et 14,8 % chez les femmes)[1]   

Cette prévalence était de 9,9 % selon l’étude de l’Institut National de Nutrition de 1996 – 1997[2] 

Entre 2016 et 2019, l’ATERA[3] (Association Tunisienne Etudes et de Recherches sur l’Athérosclérose) a réalisé une étude auprès des 25 à 75 ans qui a montré une prévalence du diabète de 18,2%.

Ces chiffres montrent que le diabète en Tunisie est en continuelle progression, la prévalence du diabète de type 2 pourrait atteindre 23,2% en 2027 selon une étude réalisée en 2019 par Maoui et al[4] .

 

Facteurs de risque

Il n'existe pas une raison unique à l’origine du diabète de type 2, mais plusieurs facteurs de risques : génétique (certaines populations sont plus touchées que d’autres. En Tunisie le facteur génétique est incriminé dans 59% à 75% des cas selon les études), familiaux (les antécédents familiaux peuvent faire augmenter la probabilité de développer un diabète) et environnementaux (principalement représentés en Tunisie par l’urbanisation mais aussi le surpoids et l’obésité dans plus de la moitié des cas. Cet état nutritionnel est la conséquence, entre autre, d’une alimentation déséquilibrée doublée d’une sédentarité ou d’une faible activité physique). 

Les causes précises du diabète de type 1, qui touche plus spécifiquement l’enfant et l’adolescent, ne sont pas définitivement établies. Il existe une prédisposition génétique liée à certains gènes du système HLA situé sur le chromosome 6 (mise en évidence, dans 9 cas sur 10), cependant il n’y a aucun antécédent familial. D’autres facteurs, environnementaux, sont invoqués : infections virales (le diabète de type 1 apparaissait souvent quelques jours après une infection virale), introduction précoce de lait de vache, stress (voire même choc affectif), toxines, carence en vitamine D chez le nourrisson, âge de la mère lors de la grossesse…

 

Pourqoi s'intéresser au diabète ?

Selon l’OMS[5], en 2014, 8,5 % des adultes de 18 ans et plus étaient atteints de diabète à travers le monde. En 2019, le diabète a été la cause directe de 1,5 million de décès. Toutefois, dans un souci de précision, il faut ajouter les décès dus à une glycémie supérieure à la normale à l’origine de maladies cardiovasculaires, de maladies rénales chroniques et de cas de tuberculose. En 2012 (dernière année pour laquelle des données disponibles), 2,2 millions de décès étaient attribuables à l’hyperglycémie.

En Tunisie, en 2016, 5% des décès étaient imputés au diabète (1000 personnes de 30 à 69 ans et 1890 âgés de 70 ans et plus) tandis que l’hyperglycémie a été la cause de 2070 et 3500 décès, respectivement chez les 30 à 69 ans et les 70 ans et plus.

Ces chiffres montrent la gravité du problème et pousse surtout à prévenir les complications tout en mettant en évidence le danger des troubles glycémiques (appelés intolérance au glucose ou altération de la tolérance au glucose et de la glycémie à jeun ou prédiabète).

Avec le temps, le diabète peut entraîner des lésions cardiaques, vasculaires, oculaires, rénales et nerveuses. Selon l’OMS :

  • Chez l’adulte, le diabète multiplie par deux ou par trois le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral.
  • Associée à une diminution du débit sanguin, la neuropathie (les lésions nerveuses) qui touche les pieds augmente la probabilité d’apparition d’ulcères, d’infection et, au bout du compte, d’amputation.
  • La rétinopathie diabétique, qui est une cause importante de cécité, survient par suite des lésions des petits vaisseaux sanguins de la rétine. Le diabète est à l’origine de 2,6 % des cas de cécité dans le monde.
  • Le diabète est l’une des principales causes d’insuffisance rénale.

En Tunisie, les principales complications du diabète type 2, sont la neuropathie et la rétinopathie, pouvant toucher, à elles seules ou en association, plus de la moitié des patients diabétiques tunisiens. En effet, la dernière étude en date (Kahloun et al. 201 [6]) a donné les chiffres suivants : 26.3% de rétinopathies et 23.5 % de neuropathies diabétiques, en plus des complications cardiovasculaires (8,8%) et des néphropathies (3.4%). Ces deux derniers chiffres ont été estimés dans de précédentes études [7], respectivement à 11,0 % et  37%.

 

Qui détecte le diabète ?

La détection du diabète se fait généralement à la suite de l’installation des symptômes qui pousse la personne à consulter ou lors d’examens systématiques réalisés par l’équipe de médecine du travail (les bilans annuels de routine des entreprise) ou le médecin de famille ou lors des examens prénuptiaux ou lors des dépistages de masse organisés souvent le 14 novembre à l’occasion de la journée mondiale du diabète. Malheureusement, parfois (surtout chez l’enfant) cela est réalisé à la suite d’une décompensation soit par acidocétose (coma acidocétosique) ou hyper osmolarité (coma hyperosmolaire hyperglycémique). Quel que soit les circonstances de découverte et de détection, le diagnostic doit être correctement établi et le traitement et le suivi doivent être immédiatement mis en place.

 

Que faire lorsque le diagnostic est établi ?

Le diagnostic est établi par votre médecin traitant selon les critères du diagnostic réalisés par le laboratoire d’analyse (il est conseillé d’être fidèle au même laboratoire pour pouvoir suivre l’évolution des critères biologiques).

Après avoir diagnostiqué votre diabète, votre médecin va vous établir un projet de prise en charge personnalisé et va vous informer sur l’évolution de votre maladie et les moyens appropriés de prévention des complications.

  • Diabète de type 1 : 

Prise en charge par l’instauration de l’insulinothérapie accompagnée de conseils nutritionnels et d’activité physique adaptée

  • Diabète de type 2 :

Au début, de simples mesures diététiques et la reprise d’une activité physique peuvent parfaitement suffire. C’est votre médecin, que vous verrez régulièrement à partir du diagnostic, qui évaluera où en est votre maladie et quels sont les traitements à mettre en place.

Si vous êtes diabétique de type 2 avec un taux d’HbA1c (témoin de l’équilibre de votre diabète) supérieur à 6 % vous serez d’abord traité(e) par des mesures diététiques. Puis, au bout de 6 mois, si cela ne suffit pas, votre médecin vous prescrira un traitement antidiabétique, le plus souvent sous forme de comprimés. Il en existe 4 classes :

  1. Les biguanides qui réduisent la quantité de glucose produite par le foie et aident le glucose à rentrer dans les muscles.
  2. Les inhibiteurs des alpha-glucosidases intestinales qui retardent l’absorption des glucides.
  3. Les insulinosécréteurs qui stimulent la sécrétion d’insuline par le pancréas sur l’ensemble de la journée.
  4. Les incrétines, une nouvelle classe de médicaments, qui peuvent également être associés aux autres antidiabétiques oraux. Ils se présentent actuellement sous deux formes, comprimés ou injections sous-cutanées. Ils favorisent l’action d’une hormone naturelle, le Glucagon-Like- Peptide-1 (GLP1), habituellement produite par l’intestin et efficace pour stimuler la production d’insuline.

Une nouvelle classe de médicaments a fait son apparition sur le marché européen et américain pour traiter le diabète de type 2 : il s'agit des inhibiteurs de cotransporteur sodium-glucose de type 2 (ISGLT2). Les ISGLT2 bloquent la réabsorption du glucose au niveau des reins ; ce glucose non réabsorbé va se retrouver dans les urines et être éliminé, abaissant ainsi le taux de sucre du sang.

Enfin, si ce traitement n’est plus suffisant, votre médecin vous prescrira probablement des injections d’insuline. Pour en savoir plus à ce sujet, lisez notre article sur les traitements du diabète de type 1.

À retenir

Chaque diabétique est un cas particulier d’où l’intérêt d’établir un projet de vie individuel entre l’équipe soignante et le patient en se rappelant toujours que le diabète est une maladie chronique évolutive.

La maladie évolue et le traitement (hygiéno-diététique, médicamenteux et éducationnel) aussi [8] . Il faut se référer à la valeur de l’HbA1c pour réévaluer le traitement.

Toute prise en charge débute par les mesures hygiéno-diététiques et éducationnelle puis en cas de nécessité ajouter en première intention la monothérapie (biguanides) puis la bithérapie (biguanide + sulfamides)

Lorsque l’installation de l’insulinothérapie devient nécessaire il faut commencer par informer le patient et discuter avec lui ce changement. Le patient ne doit pas ressentir l’insulinothérapie comme sanction ou signe d’aggravation de son état. L’insuline va l’aider à atteindre ses objectifs glycémiques.

Le passage à l’insuline exige un meilleur autocontrôle de la glycémie qui nécessite un apprentissage au même niveau d’intérêt que celui des injections.

L’auto surveillance glycémique chez les diabétiques traités par les conseils hygiéno-diététiques et biguanides n’est pas nécessaire.

La grossesse est une période où un diabète « dit gestationnel » peut se révéler d’où l’intérêt du contrôle et de la surveillance tout le long de cette période. La femme diabétique nécessite un bon équilibre glycémique donc un bon autocontrôle, avant la conception, au cours de la grossesse et même après pour assurer à elle-même et à son enfant le moins de risques. 

Qui s'occupe de mon diabète ?

Plusieurs intervenants selon votre situation.

Les professionnels de santé impliqués dans le parcours de soins sont, selon les recommandations du HAS :

- Les médecins

o   Votre généraliste

o   Le diabétologue

o   Le cardiologue (pour suivi mais aussi en cas de complication)

o   L’ophtalmologue (pour suivi et prévention mais aussi en cas de complications)

o   Le gériatre (pour les 70 ans et plus, qui va jouer le rôle du chef d’orchestre entre les différents intervenants)

o   Le pédiatre pour les enfants et adolescents

o   Le chirurgien-dentiste (suivi et soins préventifs)

o   Le néphrologue (en cas de complication rénale) ainsi que les spécialistes en prise en charge des autres complications

- Les autres thérapeutes :

o   Les infirmiers : pour soins et techniques d’injection et prise médicamenteuse

o   La ou le diététicien pour l’équilibre alimentaire

o   Le physiothérapeute pour la prise en charge physique adaptée

o   Le psychologue pour l’aide psychologique

o   Votre pharmacien pour le conseil thérapeutique (n’oubliez pas de le consulter avant de vous lancer dans des traitements phytothérapiques ou homéopathiques ou tout autre type de traitement)

o   Podologue et pédicure (le soin des pieds est une priorité)

o   D’autres professionnels selon le besoin et les complications (orthoptiste, ergothérapeute…)

Inutile de paniquer, une bonne éducation thérapeutique, permettra de bien gérer votre diabète avec le soutien de votre médecin traitant et votre nutritionniste.


Références :

[1] Institut Nationale de Santé. L’enquête nationale' ’ Tunisian Health Examination Survey (THES, 2016)" http://www. http://www.santetunisie.rns.tn/images/rapport-final-enquete2020.pdf

[2]  Bouguerra R, Alberti H, Salem LB, Rayana CB, Atti JE, Gaigi S, et al. The global diabetes pandemic: the Tunisian experience. Eur J Clin Nutr. févr 2007;61(2):160‑5.

[3] Jemaa R. Prevalence of cardiovascular risk factors in the Tunisian population: The ATERA-survey. Archives of Cardiovascular Diseases Supplements. Volume 12, Issue 1, January 2020, Page 159. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1878648019308456?via%3Dihub 

[4]  Maoui A and al. Epidémiologie du Diabète de Type 2 au Grand Maghreb. Exemple de la Tunisie. Revue systématique de la littérature. LA TUNISIE MEDICALE - 2019 ; Vol 97 (01); 286-295. 

[5]  https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/diabetes

[6] Kahloun R, Jelliti B, Zaouali S, Attia S, Ben Yahia S, Resnikoff S, et al. Prevalence and causes of visual impairment in diabetic patients in Tunisia, North Africa .Eye (Lond). 2014; 28(8):986–91.

[7] Bouaziz A, Zidi I, Zidi N, Mnif W, Zinelabidine HT. Nephropathy Following Type 2 Diabetes Mellitus in Tunisian Population. West Indian Med J 2012; 61(9):881.

[8] HAS-Arbre décisionnel du traitement du diabète de type 2 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-02/12e_memo_algo-diabete_a3_080213.pdf